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Poésie

Murale de Mahmoud Darwich

Voici ton nom
Dit une femme,
Et elle disparut dans le couloir spiroïdal…
Je vois le ciel là-bas à la portée de la main.
Et l’aile d’une colombe blanche me porte vers une autre enfance.
Et je n’ai pas rêvé que je rêvais.
Tout est réel.
Je savais que je me jetais de côté… Et que je volais.
Je serais ce que je deviendrais dans la dernière orbite.

Et tout est blanc,
La mer suspendue au-dessus du toit d’un nuage blanc.
Et la non-chose blanche dans le ciel de l’absolu blanc.
J’étais et je n’étais pas.
Car je suis seul dans les environs de cette éternité blanche.
Je suis venu avant mon heure et aucun ange n’est apparu pour me dire :
Qu’as-tu fait là-bas dans le monde ?
Et je n’ai pas entendu les acclamations des bons, ni les gémissements des pécheurs,
Je suis seul dans la blancheur,
Je suis seul.

Rien ne m’afflige à la porte de la résurrection.
Ni le temps ni les affections.
Je ne sens pas la légèreté des choses ou le poids des obsessions.
Je n’ai trouvé personne pour demander :
Où est mon où maintenant ? Où est la ville des morts, et où suis-je ?
Il n’y a pas de néant ici, dans le non-ici, dans le non-temps ni aucune existence.

Comme si j’étais mort avant maintenant…
Je connais cette vision, et je sais que je vais à ce que je ne sais pas.
Peut-être je suis encore en vie quelque part, et je sais ce que je veux.

Un jour je deviendrai ce que je veux.

Un jour je deviendrai une idée,
Qu’aucune épée ne porte à la terre ruinée, ni aucun livre…
Pareille à la pluie sur une montagne fissurée par la pousse d’un brin d’herbe.
La force n’aurait pas triomphé,
Ni la justice fugitive.

Un jour je deviendrai ce que je veux.

Un jour je deviendrai un oiseau,
Qui arrache son être au néant.
Tant que mes ailes brûlent, je m’approche de la vérité et renaît de mes cendres.
Je suis le dialogue des rêveurs,
J’ai fui mon corps et mon âme pour mener mon premier voyage vers le sens,
Qui m’a consumé, puis disparu.
Je suis l’absence,
Je suis le céleste fugitif.

Un jour je deviendrai ce que je veux.

Un jour je deviendrai un poète, et l’eau se livrera à ma clairvoyance.
Ma langue est métaphore de la métaphore,
Car je ne dis ni n’indique un lieu.
Et le lieu est mon péché et mon subterfuge.
Je suis de là-bas.
Mon ici s’élance de mes pas vers mon imagination…
Je suis qui je fus ou qui je serai,
L’espace étendu sans fin me crée, puis m’anéantit.

Un jour je deviendrai ce que je veux.

Un jour je deviendrai une vigne,
Que l’été me distille maintenant,
Et que les passants boivent de mon vin
Sous les lustres du lieu sucré !
Je suis le message et le messager,
Les petites adresses et le courrier.

Un jour je deviendrai ce que je veux.

Voici ton nom,
Dis une femme,
Et elle disparut dans de couloir de sa blancheur.
Voici ton nom, mémorise-le bien !
Ne te disputes avec lui sur aucune une lettre,
Et ne te soucie pas des drapeaux des tribus.
Sois ami de ton nom horizontal,
Essaye-le avec les vivants et les morts,
Entraîne-le à parler éloquemment avec les étrangers,
Et écris-le sur l’un des rochers de la grotte.
Ô mon nom : Tu grandiras quand je grandirai,
Tu me porteras et je te porterai,
L’étranger frère de l’étranger.
Je séduirai le féminin avec une voyelle consacrée aux flûtes.
Ô mon nom : Où sommes-nous maintenant ?
Dis : Qu’est-ce que le maintenant, qu’est-ce que le demain ?
Qu’est-ce que le temps et qu’est-ce que le lieu ?
Qu’est-ce qui est ancien et qu’est-ce qui est nouveau ?

Un jour nous serions ce que nous voulons.

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